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Cote Divoire

Auguste Miremont (ancien ministre de la Communication) : « Le Président Ouattara a le plus appris du Président Houphouët-Boigny »

Auguste Miremont (ancien ministre de la Communication) : « Le Président Ouattara a le plus appris du Président Houphouët-Boigny »
Vous avez consacré une bonne partie de votre vie à écrire sur votre pays, la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, c’est vous qui êtes l’objet d’un livre, intitulé « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté... ». Quel sentiment cela vous inspire-t-il ?J’ai longtemps résisté à cette idée. L’auteur de ce livre, Michel Koffi, a dû mener un long combat pour briser ma réserve. Parce que depuis que j’ai quitté aussi bien la rédaction de Fraternité Matin que mes fonctions officielles - député, maire, ministre -, j’ai choisi de vivre dans une certaine réserve, qui me sied mieux que l’exposition.Autour de moi, beaucoup ont insisté. Plusieurs personnes me disaient qu’on ne pouvait pas avoir traversé autant d’étapes de l’histoire de notre pays sans laisser une trace. Très récemment encore, dans mon village, à l’occasion d’une cérémonie officielle, le corps préfectoral m’a demandé de retranscrire mes mémoires. Tout le monde pense que je peux encore apporter quelque chose au pays.Ainsi, au fil de mes échanges avec Michel, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’un exercice de glorification personnelle mais plutôt de transmission. D’ailleurs, le titre du livre : « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté... » le dit clairement.Ce livre a tout de Fraternité Matin : vous, ancien directeur général, l’auteur, Michel Koffi, l’éditeur, Fratmat Editions... Cela a-t-il facilité votre adhésion au projet ?Non, pas nécessairement. En fait, Michel a appuyé sur une corde sensible ; il a souhaité que je laisse aux générations futures un témoignage sur ce que j’ai parcouru. Il faut dire aussi que la confiance était là, car j’ai toujours eu des liens professionnels et affectifs avec l’auteur. Quand quelqu’un vous connaît, a travaillé avec vous et sait comment vous pensez, cela facilite les échanges. Et donc, il y avait à la fois une proximité professionnelle et humaine, qui a permis d’aller loin dans la confidence.Vos entretiens pour ce livre ont duré 30 heures et il a fallu 18 mois pour réaliser le projet et publier l’ouvrage. Cela a dû être fastidieux...Pour Michel Koffi oui, mais pas pour moi (rires). Les entretiens ont été très longs mais très intéressants. On passait de bonnes heures ensemble. C’était agréable. Il revenait avec ses retranscriptions, et comme j’ai gardé certains réflexes de journaliste, je les corrigeais, je reprenais parfois et je reformulais quand c’était nécessaire. A un moment, il a compris qu’il ne fallait plus me montrer, sinon nous n’aurions jamais terminé (rires).L’ouvrage retrace votre itinéraire, mais au-delà de votre personne, il couvre un large éventail de sujets sur l’histoire de la Côte d’Ivoire moderne. Lesquels vous passionnent le plus ?Effectivement, Michel Koffi et moi avons abordé pas mal de sujets sérieux : les crises qu’il y a eu sous Houphouët-Boigny, la succession entre Bédié et Ouattara, l’économie, mon rapport au développement local. On a parlé de beaucoup de choses. Donc, je ne peux pas vous dire qu’il y a un thème central ou un sujet plus important que les autres.**media[281090]**Tel qu’il est intitulé, ce livre décrit la trajectoire politique de la Côte d’Ivoire partant du Président Houphouët-Boigny à l’actuel Président Alassane Ouattara. Comment analysez-vous ce parcours politique ?Le parcours politique de la Côte d’Ivoire n’a jamais été un long fleuve tranquille. Certes, sous le Président Houphouët-Boigny nous avons connu une stabilité remarquable, mais il y a eu aussi à cette époque des crises, des mutineries et de grosses tensions sociales. La force du Président Houphouët résidait dans son génie politique qui lui a permis de gérer toutes ces crises. Il savait écouter, temporiser, apaiser et agir au bon moment. Après lui, avec Ouattara et Bédié, nous avons traversé des périodes beaucoup plus complexes. La succession a créé des tensions alors que, juridiquement, les choses étaient claires. Puis, sont venus les événements que l’on connaît ; le coup d’Etat et la longue crise politique qui a suivi.Quels ont été les moments les plus douloureux pour vous ?Sans hésiter, je vous dirais les années de la rupture institutionnelle. Le coup d’État contre le Président Bédié en 1999 m’a profondément affecté. C’était aberrant. J’ai très mal vécu cette période. À cette époque, je présidais un important groupe parlementaire avec le Pdci. Nous étions 175 députés sur un total de 200 ou 220 députés. Nous avions donc une majorité forte.Voir le pays basculer de cette manière m’a profondément peiné. Mais, ce qui m’a le plus attristé, c’est la période des violences qui a suivi, c’est-à-dire de Guéï jusqu’à Gbagbo. J’étais en France lorsqu’on m’a annoncé certains événements tragiques comme la mort de Robert Guéï et du ministre Emile Boga Doudou que j’ai côtoyé pendant les négociations que nous faisions à l’Assemblée nationale entre le Fpi et le Pdci et qui devait aboutir à un gouvernement d’union à l’époque de Bédié. J’allais embarquer pour Abidjan quand j’ai appris cette nouvelle. Et j’ai pleuré à l’aéroport.Qu’est-ce qui s’est passé dans votre cœur à ce moment-là ?J’ai pleuré parce que je voyais s’effondrer l’image de la Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny que nous avions contribué à bâtir. L’image d’un pays stable, respecté, influent dans la sous-région, capable d’accueillir et d’aider. Tout cela semblait se fissurer et s’effondrer brutalement. La Côte d’Ivoire, pendant longtemps sous Houphouët-Boigny, était regardée comme un modèle. Nous intervenions pour aider d’autres pays. Nous recevions ceux qui fuyaient les crises ailleurs. Et tout à coup, nous devenions nous-mêmes un sujet d’inquiétude, parfois même de moquerie dans la presse internationale. Pour quelqu’un de ma génération, qui a vu la construction du pays, cela ne pouvait qu’être douloureux. Si le pays avait tenu bon jusque-là, c’était grâce à la magie politique d’Houphouët-Boigny.Quels étaient vos rapports avec lui ?Je ne pourrai pas dire que j’étais dans l’intimité d’Houphouët-Boigny comme d’autres ou que j’avais des rapports particuliers avec lui. J’étais son ministre de la Communication et le responsable de son journal, ce qui faisait qu’on se voyait tous les jours pour parler de cela. Ce que je retiens, c’est qu’il avait une forme de respect pour moi parce que je n’ai jamais été à la soupe. Et puis je me permettais de dire au moins ce que je pensais.Aviez-vous un traitement particulier parce que vous aviez un côté Blanc ?Non, pas du tout. La seule chose qu’il faisait et qui m’a surpris, c’est qu’il m’appelait « De Miremont » (rires).Pourquoi vous appelait-il ainsi ? Etes-vous d’une famille de la noblesse française ?Je n’ose pas penser que mon grand-père français était dans la noblesse, mais Houphouët-Boigny avait un sens poussé de l’histoire de son pays et de ceux qui y habitaient. Je ne pense pas qu’il se trompait en m’appelant comme ça.Ces rapports cordiaux ont continué avec le Président Bédié ?Oui. Avec Bédié, j’avais d’excellents rapports. J’étais le président de son groupe parlementaire. Nous nous connaissions déjà quand j’étais à Fraternité Matin. Il était ministre des Finances et, après, il est allé à la Sfi (Ndlr, Société financière internationale) aux Etats-Unis. Nos rapports étaient d’autant plus cordiaux qu’il était proche de Laurent Dona Fologo avec qui j’étais aussi très proche. Quand, plus tard, il est devenu Président, on se voyait désormais beaucoup moins, vu son calendrier chargé. Mais, disons que chaque fois que je le sollicitais, il était présent. Sa disparition m’a beaucoup affecté.Après lui, se sont succédé les Présidents Guéï et Gbagbo. Avez-vous eu à collaborer avec eux aussi ?Robert Guéï était un parent puisqu’il est Yacouba. Donc on se voyait presque tous les jours. Mais, je n’avais aucune influence sur la politique qu’il menait. Quant au Président Gbagbo, on s’est connu aussi quand il était professeur et qu’il s’est lancé dans la politique. J’étais ministre à l’époque et donc c’était obligé qu’on se connaisse.Ensuite, nous avons développé des rapports d’amitié. J’ai dit tout à l’heure qu’à un certain moment, il y avait des négociations à l’Assemblée nationale entre le gouvernement et le Fpi pour un consensus. Parce que Gabgbo, au moment où le pays avait ses problèmes financiers et économiques, avait souhaité que nous taisions nos querelles partisanes pour soutenir le gouvernement dans sa politique économique.Il nous fallait sceller quelques accords pour avoir ce qu’on a appelé par la suite « la pluie des milliards ». Le président Gbagbo approuvait cela et je pense que si nous avions été au bout et s’il n’y avait pas eu la guéguerre par la suite, le Fpi aurait fait son entrée au gouvernement et nous aurions eu un gouvernement d’union nationale. Par la suite, quand il a été Président, il m’a reçu. Je dirais même qu’il m’a aidé financièrement à un certain moment. Et ça, je lui en sais gré.**media[281092]**Vous avez donc connu Bédié, Guéï, Gbagbo et le Président Ouattara. Lequel parmi eux, selon vous, a le mieux intégré la pensée et la philosophie d’Houphouët ?C’est toujours difficile de faire des comparaisons entre les hommes. Chacun a son tempérament, sa méthode et veut s’assumer et montrer qu’il a quelque chose dans le ventre. Mais, à tout le moins, le Président Alassane Ouattara semble être celui qui a le plus appris auprès d’Houphouët-Boigny : le doigté, la patience, l’écoute et cette capacité de réagir à temps. La seule chose que je lui reproche et dont j’ai parlé dans le livre, c’est qu’il a moins de fermeté et de sévérité vis-à-vis de ses collaborateurs qu’il n’en avait avec nous quand il était Premier ministre. Il ne nous faisait pas de cadeau dès la moindre erreur, au point qu’un membre du gouvernement qui n’avait pas suivi sa ligne directrice avait été, dès le lendemain, débarqué. Il ne laissait rien passer. Pour réussir sa mission de redressement de l’économie, il a dû adopter cette attitude de fermeté. Aujourd’hui, je le trouve plus mesuré, plus clément. C’est sans doute lié à l’expérience et à l’âge.Quelles sont vos relations aujourd’hui et que retenez-vous du Premier ministre qu’il fut ?J'ai eu avec le Premier ministre Alassane Ouattara des rapports de confiance, de fidélité et de loyauté. Et j'éprouve toujours pour lui un regard d'admiration et de confiance par rapport à ce qu'il a fait et continue de faire pour notre pays. En effet, on ne peut être qu'admiratif devant le courage dont il a toujours fait preuve. Il a traversé des épreuves devant lesquelles beaucoup auraient abandonné, mais il a été tenace et a relevé tous ses défis. Quand il était Premier ministre, il a dû prendre des décisions très courageuses, difficiles à accepter, mais qui se sont avérées salvatrices pour notre pays.Je voudrais aussi souligner son extrême courtoisie dont il ne peut se détacher. Je me souviens que lorsqu'on lui passait un coup de fil et qu’il ne pouvait prendre, dans la demi-heure qui suivait, sa secrétaire nous rappelait pour savoir de quoi il s'agissait. C’est une attitude respectueuse qui m’a beaucoup marqué.C’est aussi quelqu’un qui a un grand cœur. Il accorde une attention particulière aux problèmes personnels que lui soumettent ses collaborateurs ainsi que tous ceux qui l'approchent. Tout ça fait partie de sa personnalité.Le Président Ouattara est presqu’à la sortie de la vie politique. Comment voyez-vous l’après ?C’est vous qui parlez de sortie, mais moi je constate simplement qu’il tient encore bien la barre. Et il ne semble pas qu’il y ait une porte de sortie qui ait été entrouverte. Il vient à peine de commencer son nouveau mandat, il faut lui laisser le temps de le terminer.Son ambition reste visible : construire une Côte d’Ivoire unie, solidaire, prospère. Quand je vois ses réalisations, notamment celles à l’intérieur du pays telles que les hôpitaux, les universités, les routes, je suis impressionné. Il y a environ deux ans, j’ai vu qu’un boulevard aux allures des Champs-Elysées a été construit en plein centre-ville de Daloa.Et ce n’est pas seulement à Daloa. Dans toutes les régions, il y a eu pas mal de réalisations ces dernières années. A titre d’exemple, entre mon département Bin-Houyé et Toulépleu, il ne reste que 30 à 40 kilomètres de bitumes à réaliser. Quand on voit tout cela, on comprend qu’il y a une dynamique réelle et on n’a pas envie de penser déjà à une succession.Mais tout n’est pas rose Monsieur le ministre...Tout à fait ! Il y a du bon et du mauvais. Et il faut être équilibré dans l’analyse. Oui, il y a des progrès économiques visibles. Le gouvernement a maitrisé des normes économiques importantes par rapport à l’international. Mais, ces normes peuvent jouer également contre la vie sociale. On ne peut pas nier la cherté de la vie ni le fait qu’il y a de la pauvreté dans une certaine classe.Pensez-vous que le gouvernement est sensible à cela ?Je crois que le gouvernement en est conscient. Sinon, il n’aurait pas mis en place le projet des filets sociaux, les dispositifs d’accompagnement et les programmes de réinsertion et de formation. En fait, ce que j’apprécie chez le gouvernement, c’est cette volonté de corriger les déséquilibres. Regardons ce qui se fait au niveau du ministère de l’Enseignement professionnel avec le projet « Ecole de la deuxième chance » qui permet à ceux qui ont quitté les bancs de revenir apprendre un métier. Ce qui se fait au ministère de la Jeunesse aussi est exceptionnel. Dans ma tribu, 25 bourses d’apprentissage ont été offertes aux jeunes. Et je vois que cette politique s’étend sur tout le territoire. Disons que le gouvernement fait tout pour, au moins, compenser la dureté de la vie, et ça, c’est appréciable.INTERVIEW RELAISEE PAR FAUSTIN EHOUMAN(La suite à lire demain)

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